Obésité : Situation de la commune d’Abobo en 2025 Santé publique

Obésité : Situation de la commune d’Abobo en 2025

La corpulence est une caractéristique importante, voire essentielle du jugement sur l’apparence corporelle des personnes dans la société. Et les écarts de l’aspect morphologique du corps, pouvant être jugé comme excessif, font que la recherche d’un aspect corporel idéal est devenue une véritable obsession sociale qui ne laisse de place à aucun excès de corpulence. Parmi toutes les disgrâces corporelles recherchées, tant par chaque individu que par la société, se trouvent en pole position, le surpoids et l’obésité qui sont en nette expansion. Ainsi, chaque individu se trouve obligé de scruter son propre corps à la recherche de toute surcharge pondérale, réelle ou supposée, pouvant aboutir à terme à un comportement compulsif.

Actuellement, l’obésité, du fait de sa progression et de ces complications, est devenue un véritable problème de santé publique dans le monde entier. La surcharge pondérale a pris l’allure d’une véritable pandémie dont la progression exponentielle explique la nécessité d’étudier sa distribution dans les communautés afin de mettre en œuvre des actions permettant de lutter contre son extension. L’OMS estimait qu’en 2022, 43% des adultes (18 ans et plus) étaient en surpoids et 16 % étaient obèses dans le monde. En France en 2020, selon la “Ligue Contre l’Obésité” la prévalence du surpoids était de 30,3% et celle de l’obésité de 17%. Une étude menée en 2014 dans une communauté villageoise ivoirienne a trouvé que la prévalence de l’obésité était de 14,8%. C’est devant ces chiffres particulièrement alarmants, que nous avons décidé de conduire une enquête dans un centre de santé de la commune d’Abobo (Abidjan, Côte d’ivoire) afin d’étudier ce phénomène de corpulence excessive. L'objectif de cette étude était de déterminer la prévalence du surpoids et de l'obésité chez des patients du centre de santé urbain à base communautaire (CSU Com) d'Aboboté et de décrire les facteurs associés à cette surcharge pondérale.

Cette enquête qui s’est déroulée pendant le premier trimètre de l’année 2025, a enregistré la participation volontaire et éclairée de 371 personnes en surcharge pondérale sur les 810 patients âgées de 18 ans et plus.

Résultats

     Caractéristiques sociodémographiques et biologiques

Notre étude a rapporté que :

  • l’âge moyen des participants était de 37,5 ans (ET = 14,6 ans) ;
  • 68,5% étaient des femmes ;
  • près de la moitié était du secteur informel et du ménage (41,4%) ;
  • les sujets inclus dans cette étude avaient un poids moyen de 68,9 kg (ET = 14,5 kg) ;
  • avec une taille moyenne de 1,65 m (ET = 0,08 m) ; et
  • un IMC moyen de 25,2 kg/m2 (ET = 5,3 kg/m2).

Dans notre enquête, la prévalence de la surcharge pondérale était de 45,8%, celle du surpoids de 27,7% et celle de l’obésité de 18,1%.

     Analyse de la corpulence selon le sexe

La corpulence se distribuait différemment selon le sexe des participants de notre enquête, avec :

  • un âge moyen de 37 ans (ET = 14,1 ans) pour les femmes contre 38,7 ans (ET = 15,7 ans) pour les hommes ;
  • un poids moyen de 68,8 kg (ET = 15,3 kg) pour les femmes contre 69 kg (ET = 12,4 kg) pour les hommes ;
  • une taille moyenne de 1,62 m (ET = 0,06 m) pour les femmes contre 1,72 m (ET = 0,07 m) pour les hommes ;
  • un IMC moyen de 26,1 kg/m2 (ET = 5,6 kg/m2) pour les femmes contre 23,3 kg/m2 (ET = 5,0 kg/m2) pour les hommes, avec une différence statistiquement significative (p<0,001) ;
  • une prévalence de la surcharge pondérale de 35,8% chez les femmes contre 10% chez les hommes, avec une différence significative (p<0,001) ;
  • une surcharge pondérale qui touchait 52,3% des femmes contre 31,7% des hommes, avec une différence statistiquement significative (p<0,001) ;
  • une prévalence du surpoids de 16,2% chez les femmes contre 19,9% chez les hommes, avec une différence non significative (p>0,19);
  • un surpoids qui touchait 23,6% des femmes contre 63,1% des hommes, avec une différence significative (p<0,001) ;
  • une prévalence de l’obésité de 16,5% chez les femmes contre 1,6% chez les hommes, avec une différence significative (p<0,001) ; et
  • une obésité qui touchait 24,1% des femmes contre 5,1% des hommes, avec une différence significative (p<0,001).

     Obésité et facteurs socioprofessionnels

L’analyse de l’état de corpulence selon la profession trouvait que l’IMC moyen des personnes du secteur informel et du ménage était de 25,9 kg/m2 (ET = 5,5 kg/m2) contre 24,5 kg/m2 (ET = 5 kg/m2) pour l’ensemble des autres professions, avec une différence significative (p<0,001).

     Surcharge pondérale et âge

L’IMC moyen des participants âgés de 18 à 24 ans était de 22,8 kg/m2 (ET = 4,6 kg/m2) contre 25,9 kg/m2 (ET = 5,3 kg/m2) pour les plus de 25 ans, avec une différence significative (p<0,001). On notait que 23,9% des adultes de moins de 25 ans étaient en surcharge pondérale contre 52,2% chez les 25 ans et plus, avec une différence significative (p<0,001). La prévalence de la surcharge pondérale était de 5,4% chez les moins de 25 ans contre 40% chez les 25 ans et plus, avec une différence significative (p<0,001). On trouvait 8,7% de personnes obèses parmi les participants de moins de 25 ans contre 20,9% pour les 25 ans et plus, avec une différence significative (p<0,001). La prévalence de l’obésité était de 2% chez les adultes de moins de 25 ans contre 16,2% chez les 25 ans et plus, avec une différence significative (p<0,001).

Quels commentaires appellent ces résultats

L’enquête menée sur la corpulence des patients ayant consulté dans notre centre de santé, au premier trimestre 2025, a estimé la prévalence de la surcharge pondérale à 45,8%, celle du surpoids à 27,7% et celle de l’obésité à 18,1%. Les résultats rapportés en France en 2020, par la “Ligue Contre l’Obésité” sont superposables aux nôtres, avec une prévalence du surpoids de 30,3% et celle de l’obésité de 17%. Mais d’énormes efforts restent à accomplir pour faire baisser ces chiffres dans cette communauté, car la prévalence de l’obésité dans le monde a été estimée à environ 12% chez les adultes en 2015. Toutefois, comparativement à la région européenne, nos résultats nous placent dans une situation moins alarmante que la moyenne, les estimations globales de l'OMS étant nettement supérieures, avec des chiffres tels que 59% pour la surcharge pondérale et 23% pour l'obésité.

Dans notre étude, les femmes étaient généralement plus en surcharge pondérale et plus obèses que les hommes, avec une différence statistiquement significative (p<0,001). Plusieurs études sont en adéquation avec nos résultats, quand elles rapportent que la prévalence de l’obésité est généralement plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Quoique la “Ligue Contre l’Obésité” trouvait, dans ses études menées en France, que la prévalence de la surcharge pondérale était plus élevée chez les hommes (53,5%) que chez les femmes (41,3 %), elle s’accordait, néanmoins avec nos résultats, pour dire que celle de l'obésité était plus élevée chez les femmes (17,4%) que chez les hommes (16,7%).

Dans nos investigations, le rapport de la corpulence à la profession montrait que les personnes du secteur informel et du ménage, le plus souvent caractérisées par un niveau d’étude faible et des revenus modestes, étaient plus en surcharge pondérale que les personnes de l’ensemble des autres professions. Là aussi, la “Ligue Contre l’Obésité” rapportait des résultats superposables, où la corpulence était également liée à des facteurs socioprofessionnels, suivant une corrélation négative avec le niveau de qualification de la profession.

Notre enquête a trouvé que la prévalence de la surcharge pondérale, du surpoids et de l’obésité augmentait avec l’âge. Un constat similaire a été fait avec la prévalence de la surcharge pondérale et de l’obésité qui était également plus élevée avec l'âge dans les études de la “Ligue Contre l’Obésité” conduites en France.

Conclusion

Cette étude a cherché à aborder les déterminants sociaux de l'obésité et sa répartition dans la communauté des patients du CSU Com d’Aboboté. Les résultats rapportés ont tendance à mettre en lumière l’urgente nécessité de la mise en œuvre d’un programme de lutte contre l’obésité. Etant donné que les groupes socio-économiques défavorisés sont confrontés à de nombreux obstacles dans le choix d’une alimentation saine et équilibrée, la pratique d’activités physiques et le changement de comportement compatible avec une bonne santé, une action multisectorielle est nécessaire pour leur offrir une chance d’échapper aux griffes de l’obésité. Toutefois, d’autres enquêtes devraient être menées pour examiner, de façon plus spécifique, comment l'obésité contribue aux inégalités sociales et comment les communautés pourraient mieux soutenir les groupes les plus touchés. De tels soutiens devraient permettre de veiller à ce que chacun, quel que soit son statut socio-économique, ait une accessibilité, tant financière que géographique, à des soins de qualité acceptable pour la prévention et la prise en charge de l'obésité. Enfin, de telles enquêtes, sans contestes facilement réalisables et pas coûteuses, devraient être vulgarisées pour permettre de lutter efficacement contre l’évolution du phénomène d’obésité dans les différentes communautés.

Tous nos remerciements aux patients ayant volontairement accepté de participer à cette enquête et nous leur souhaitons de pouvoir atteindre leurs objectifs de perte de poids.

Toutefois, aussi sommes-nous disponibles pour parcourir ce chemin ensemble.

Publié par :

Dr AKE N'cho, MD, MPH

(+225) 01 03 48 7555 / 07 48 344 589

dr_akencho@yahoo.fr

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